>>> Chronique >>> Steven Wilson - "The Raven That Refused To Sing (and other stories)" (2013) >>>



Par Christophe Demagny


Pour ce troisième véritable album solo, Steven Wilson semble avoir voulu rapidement capitaliser sur le succès certain obtenu avec "Insurgentes" et "Grace For Drowning". Battre le fer tant qu'il était chaud, profiter totalement des merveilleux musiciens l'accompagnant à travers cette nouvelle aventure.

Un album moins prise de tête, plus "direct" (enfin, façon de parler...), un vrai disque de groupe, ce qu'il n'a jamais véritablement fait, quelque part. Même avec Porcupine Tree. Peut-être un vieux rêve... ?

Six titres (plutôt longs), direct en studio, en surfant sur l'onde de la tournée, video reports quasi en temps réel (fou pour Wilson), ça groove, ça rigole, ça joue, très fort. Très, très fort.

Pas à tortiller, cash, le "Luminol" que tout le monde connaît déjà grâce à sa version live (et donc DVD). Pêches d'entrée, à la "Incident". Tout est revendiqué, plans techniques, prog seventies, break planant. King Crimson, Yes, jazz barré, pas de quartier, no prisoners.

Mais Wilson est un malin. Comme chacun, il a une patte, une âme, une expérience, des envies et des références. Mais il cherche aussi toujours à se dépasser, à apporter de nouveaux éléments. Les ambiances de ces dernières années sont bien évidemment largement présentes, une empreinte, mais pas seulement.

Déjà, pas d'instrumentaux. Le chant est systématiquement intégré. Et puis une véritable touche mélodique "à l'ancienne" (à nouveau) s'invite régulièrement, de manière encore un peu plus marquée qu'auparavant. En témoigne le thème médiéval et le break de l'inoubliable "Drive Home", une formidable chanson qui rappelle parfois le meilleur de Blackfield (si, si), ou la longue première section en guitares arpégées, flute, mellotron et harmonies vocales de l'énorme et puissant "The Watchmaker", futur classique, presque du Genesis, délicate et émouvante, avant de se transformer en un magma de soli caractéristique.

Car heureusement, même si les premiers extraits pouvaient faire craindre un disque très barré, de musiciens, les mélodies sont bien présentes, comme toujours. "Drive Home", comme déjà pointé, ou "The Pin Drop" (moins immédiate mais bien traitre). Alors "Luminol" donne le ton général, oui, relayée par un "The Holy Drinker" et son final dantesque à l'unisson, des titres qui ne dépayseront pas les amateurs de "Sectarian" ou "Raider II", mais cela n'insiste jamais trop lourdement et sait proposer d'autres saveurs.

Le lunaire titre éponyme conclut ce nouveau grand disque comme Mister Wilson sait si bien le faire. Piano, texte plein de doutes ("Here My Soul... I'm Afraid To Hate, I'm Afraid To Love..."), longue montée se terminant comme du Sigur Ros rock. Somptueux.

Si ces petites histoires ne forment au final peut-être pas un ensemble aussi complet, équilibré et ambitieux que le magique "Grace For Drowning", il n'en demeure pas moins son digne successeur, cette période de l'histoire Wilsonnienne s'avérant profondément fascinante.

Le seul bémol, à mon sens, sera sûrement à situer au niveau de quelques systématismes reposant sur l'accumulation et les constructions sombres et dissonantes. Le groupe pourra-t-il le gérer, dépasser ce qui pourrait ressembler à une recette sur le long terme. Là est la question, tout comme la possibilité de conserver ce groupe magique en place. Car chaque instrumentiste est absolument fabuleux et procure, à l'écoute, un plaisir absolument divin. Basse ronde ou saturée, breaks de batterie fulgurants, fines cymbales, formidable Guthrie Govan à la guitare (de superbes interventions), époustouflant Adam Holzman aux claviers. Que dire de l'incroyable musicalité de ce combo ? Unique. Atypique. Renversante, comme déjà largement ressentie auparavant et en concert.

Un seul mot: magnifique.


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